Banjul, 21 octobre 2026 — La Gambie franchit une nouvelle étape dans le processus de réparation des victimes des violations des droits humains commises sous le régime de l’ancien président Yahya Jammeh. Les autorités ont confirmé la réception de plus de 2,57 millions de dollars issus de la vente d’une propriété de luxe située à Potomac, dans l’État du Maryland, aux États-Unis. Cette somme doit contribuer à indemniser les personnes ayant subi des abus durant les 22 années de pouvoir de l’ancien dirigeant.
Selon la Commission gambienne des réparations, le montant reçu s’élève précisément à 2 573 414,10 dollars. Les fonds ont été déposés sur le compte du Fonds de réparations à la Banque centrale de Gambie et sont exclusivement destinés au versement des réparations aux victimes éligibles.
Une propriété saisie aux États-Unis
La propriété de Potomac appartenait à Yahya Jammeh et à son épouse, Zineb Jammeh. Les autorités américaines ont engagé une procédure de confiscation civile, estimant que le bien avait été acquis avec des fonds provenant de la corruption et du détournement de ressources publiques gambiennes.
En 2022, les États-Unis ont obtenu la confiscation du bien à l’issue de cette procédure. La demeure a ensuite été vendue, et les recettes nettes ont fait l’objet d’un accord de transfert entre Washington et Banjul.
Le 18 septembre 2026, les gouvernements gambien et américain ont signé un accord portant sur le transfert de 2 507 911,73 dollars de recettes nettes. Le montant de 2 573 414,10 dollars annoncé ensuite par la Commission des réparations correspond au montant qu’elle affirme avoir finalement reçu. Les deux chiffres proviennent donc d’annonces officielles distinctes et ne doivent pas être confondus.
Plus de vingt ans de pouvoir marqués par de graves violations
Yahya Jammeh a pris le pouvoir en Gambie lors d’un coup d’État en 1994. Il a dirigé le pays pendant plus de deux décennies, jusqu’à son départ en janvier 2017, après avoir perdu l’élection présidentielle de décembre 2016 face à Adama Barrow.
Son régime a été accusé de nombreuses violations des droits humains, notamment des arrestations arbitraires, des actes de torture, des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires. Une commission d’enquête gambienne a documenté les abus commis sous son administration et formulé des recommandations en matière de justice et de réparations.
Après avoir refusé dans un premier temps de reconnaître sa défaite électorale, Jammeh a quitté le pays sous la pression régionale et internationale. Il vit depuis en exil en Guinée équatoriale.
Comment l’argent sera-t-il utilisé ?
La Commission des réparations a précisé que les fonds ne doivent servir qu’à indemniser les victimes éligibles, conformément à la loi gambienne de 2023 sur les réparations aux victimes.
Le dispositif de réparations peut notamment comprendre une compensation financière, des mesures de réhabilitation ou d’autres formes de réparation, selon les critères et les modalités établis par la Commission. L’objectif est d’apporter une reconnaissance officielle aux personnes qui ont subi des abus et de contribuer à leur rétablissement.
La Commission a également promis une gestion responsable et transparente de l’argent. Le président Adama Barrow a indiqué que son gouvernement tiendrait compte des recommandations des auditeurs officiels concernant l’affectation des fonds aux bénéficiaires.
Toutefois, l’annonce de la réception des fonds ne signifie pas que toutes les victimes seront indemnisées immédiatement. La sélection des bénéficiaires, les critères d’éligibilité et les modalités de versement restent essentiels pour garantir que l’argent parvienne effectivement aux personnes concernées.
Une étape importante, mais insuffisante pour réparer toutes les souffrances
Pour les organisations de victimes, la restitution de ces fonds représente un progrès concret dans un processus de justice transitionnelle qui avance lentement. Sirra Ndow, directrice de l’Alliance des organisations dirigées par les victimes, a salué ce transfert comme une étape importante pour les survivants et leurs familles, selon l’Associated Press.
Mais les réparations financières ne peuvent, à elles seules, effacer les traumatismes, les pertes humaines et les conséquences durables des violences. Les victimes attendent également la reconnaissance des faits, l’établissement des responsabilités et des garanties que de tels abus ne se reproduiront pas.
Conclusion : les avoirs récupérés au service des victimes
La restitution à la Gambie des recettes issues de la vente de la demeure américaine liée à Yahya Jammeh illustre l’importance de la coopération internationale dans la récupération des avoirs associés à la corruption présumée.
Avec plus de 2,57 millions de dollars désormais affectés au Fonds de réparations, le pays dispose de ressources supplémentaires pour soutenir les victimes du régime. Le véritable enjeu sera désormais d’assurer une distribution équitable, transparente et efficace de cet argent, afin que cette avancée judiciaire se traduise par une aide concrète pour les survivants.
