Khartoum, 21 octobre 2026 — Le Soudan est confronté à une nouvelle vague de violences meurtrières. Plusieurs frappes de drones attribuées à l’armée soudanaise auraient fait plus de 300 morts en quelques jours, selon des sources locales et des organisations de suivi du conflit. Parmi les victimes figureraient des personnes se rendant à des funérailles, ainsi que des commerçants et des civils présents sur un marché de carburant dans la région disputée d’Abyei, à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud.
Une attaque meurtrière contre un marché de carburant
L’une des frappes les plus meurtrières s’est produite le lundi 19 octobre au marché d’Amiet, dans la région d’Abyei. Selon Yohanna Akol Ngor, responsable de l’information de l’administration locale, le bilan avait atteint au moins 153 morts le mardi 20 octobre et pouvait encore s’alourdir.
D’après les autorités locales citées par Reuters et Associated Press, des drones ont frappé plusieurs endroits du marché, notamment une zone où se trouvaient des installations et des camions de carburant. Les explosions ont déclenché un important incendie qui s’est propagé aux bâtiments et aux véhicules environnants.
Des témoins ont décrit une scène de destruction, avec des corps difficiles à récupérer en raison des flammes. Des images satellitaires examinées par BBC Verify ont également montré d’importantes zones incendiées dans une partie du marché.
Des personnes en route vers des funérailles parmi les victimes
D’autres frappes ont été signalées dimanche 18 octobre dans l’État du Kordofan-Occidental, une zone contrôlée par les Forces de soutien rapide (FSR), le groupe paramilitaire en guerre contre l’armée soudanaise.
Selon le Sudan War Observatory, un camion transportant des personnes qui se rendaient à des funérailles a été frappé près d’Al-Dibab. Les sources citées par cette organisation font état d’environ 145 morts dans cette attaque. Une tente où des personnes s’étaient réunies pour les funérailles aurait également été touchée, faisant cinq autres morts.
Les bilans provenant de zones de conflit restent difficiles à vérifier de façon indépendante. Les informations disponibles indiquent néanmoins que les frappes dans le Kordofan-Occidental et celle du marché d’Amiet ont provoqué un nombre très élevé de victimes. Le chiffre de plus de 300 morts correspond à l’ensemble de plusieurs attaques signalées, et non à une seule frappe.
L’armée soudanaise accusée, mais les versions divergent
Des responsables d’Abyei et des autorités du Soudan du Sud ont accusé l’armée soudanaise d’être responsable de la frappe contre le marché. Le ministère sud-soudanais des Affaires étrangères a condamné l’attaque et convoqué l’ambassadeur du Soudan pour protester contre les frappes ayant mis en danger des civils.
Un officier supérieur de l’armée soudanaise, cité anonymement par Associated Press, a confirmé qu’une frappe avait été menée contre des camions-citernes de carburant. Selon lui, ces véhicules étaient soupçonnés d’acheminer du carburant aux Forces de soutien rapide. Il a affirmé que l’armée ne ciblait pas les civils et que les personnes tuées étaient des combattants des FSR ou des personnes impliquées dans la contrebande de carburant.
Ces déclarations sont contestées par des responsables locaux et des témoins. Reuters a indiqué ne pas avoir pu vérifier indépendamment l’ensemble des affirmations sur la présence de combattants et l’utilisation du dépôt de carburant.
L’ONU dénonce des frappes meurtrières
Les Nations unies ont condamné les attaques de drones dans la région d’Abyei et dans d’autres secteurs du Soudan. Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a fait état de dizaines de civils tués, parmi lesquels des femmes et des enfants, ainsi que de nombreux blessés.
La Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (UNISFA) participe à la vérification des victimes et aux efforts d’assistance. Les équipes médicales tentent de prendre en charge les blessés malgré des moyens limités. Médecins Sans Frontières a indiqué soigner plus de vingt personnes à l’hôpital d’Ameth Bek, dont certaines souffrant de graves brûlures.
Une guerre civile qui frappe toujours davantage les civils
Le conflit soudanais a éclaté en avril 2023 à la suite d’une lutte de pouvoir entre les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide, commandées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.
Depuis, les combats, les déplacements forcés, les pénuries alimentaires et les attaques contre les infrastructures ont provoqué l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les drones occupent une place croissante dans les opérations militaires, permettant de frapper des cibles éloignées des lignes de front, mais augmentant aussi les risques pour les populations civiles.
Un rapport de la mission internationale indépendante d’établissement des faits de l’ONU, publié en septembre 2026, avait déjà alerté sur le nombre élevé de victimes civiles provoquées par les frappes de drones et sur de possibles violations du droit international humanitaire par les deux camps.
Conclusion : des enquêtes indispensables
Les frappes rapportées dans le Kordofan-Occidental et à Abyei illustrent la brutalité croissante de la guerre au Soudan. Les informations disponibles font état de plus de 300 morts dans plusieurs attaques, dont une frappe contre un marché de carburant qui aurait tué au moins 153 personnes.
Si les autorités locales et sud-soudanaises accusent l’armée soudanaise, cette dernière affirme avoir ciblé des approvisionnements destinés aux FSR. Les responsabilités précises, les circonstances des frappes et l’identité de toutes les victimes doivent encore être établies de manière indépendante.
La priorité demeure la protection des civils, l’accès des secours aux zones touchées et l’ouverture d’enquêtes crédibles sur les attaques. Les marchés, les rassemblements funéraires et les autres lieux civils ne doivent pas devenir des scènes de massacre.
