José Angel González Tausz, patron du groupe espagnol Aee Power Epc, est sorti du silence pour livrer sa version des faits sur le dossier qui l’oppose à Saidou Kane, son ancien parte‐ naire au Sénégal.
Dans un entretien exclusif accordé à Walfadjri, José Angel González Tausz évoque les origines du partena‐ riat, les raisons de sa rupture et les accusations de tentative d’escroquerie d’un montant de plus de 1 milliard 400 millions de Fcfa qu’il porte contre celui qu’il qualifie désormais d’«ancien partenaire ».
C’est un partenariat né sous l’ancien régime qui s’est trans‐ formé en bataille judiciaire. Selon José Angel González Tausz, Saidou Kane lui avait été présenté par l’ex‐ambassadrice du Sénégal en Espagne, Ma‐ riama Sy, comme un entrepre‐ neur sénégalais dynamique. Une recommandation ap‐ puyée, affirme‐t‐il, par la banque espagnole Santander, qui aurait confirmé le sérieux et la fiabilité de l’homme d’af‐ faires. Pour Aee Power, société forte de quarante ans d’expé‐ rience dans l’électrification ru‐ rale en Afrique, les garanties semblaient réunies : un entre‐ preneur local, recommandé à la fois par une ambassade et par une institution bancaire de renom, porteur d’un projet co‐ hérent avec le cœur de métier du groupe.
« Il n’y a aucune autre société espagnole, ni même européenne, avec une telle expérience en Afrique », insiste le
patron d’Aee Power. Mais la réalité se serait révélée tout autre : Saidou Kane n’aurait ja‐ mais travaillé dans le secteur de l’électrification rurale, contrai‐ rement à l’attestation du 23 fé‐ vrier 2024 de l’ancien Dg de l’Aser, Baba Diallo qui y affirme
ue «la société Aee power Sé‐ négal Sa dispose d’un person‐ nel présentant des profils requis et de la main d’œuvre qualifiée pour l’exécution du marché».
Pour finir, selon les mots de José Angel González Tausz, Sai‐ dou Kane aurait ensuite tenté d’escroquer son entreprise. José Angel González Tausz tient à clarifier la nature exacte du lien qui les unissait. Saidou Kane n’était, selon lui, qu’un sous‐traitant de la filiale Aee Power Epc, sans lien contrac‐ tuel direct avec l’Agence séné‐ galaise d’électrification rurale (Aser). Il balaie ainsi d’un revers de main les accusations selon lesquelles la direction actuelle de l’Aser urait volontairement exclu un Sénégalais du projet. Tous les sous‐traitants du groupe, précise‐t‐il, sont enga‐ gés avec la connaissance et l’ap‐ probation de l’agence, ce qui n’établit toutefois aucun rap‐ port de responsabilité contrac‐ tuelle entre l’Aser et ces derniers.
Interrogé sur la résiliation du contrat avec Saidou Kane, il as‐ sume pleinement sa décision. C’est lui, dit‐il, en concertation avec son conseil d’administra‐ tion et ses avocats, qui a mis fin à la relation avec Saidou Kane. En cause : une falsification d’un reçu fiscal portant sur un mon‐ tant de 2,3 millions d’euros. « Face à une telle tentative d’es‐ croquerie, on ne peut que rési‐ lier tout rapport avec quelqu’un qui a trahi notre confiance », martèle‐t‐il.
Pour étayer ses accusations, le dirigeant espagnol affirme qu’Aee Power Epc a directement interrogé les autorités fiscales sénégalaises sur l’authenticité des quitus et reçus accompagnant les factures présentées par Saidou Kane. La réponse aurait été sans équivoque : ces docu‐ ments ne constituaient pas des justificatifs de frais valables.
Il décrit un scénario qui, selon lui, ne pouvait que susciter la méfiance : un partenaire qui avance des millions d’euros sans en informer l’entreprise, puis qui, au moment de rece‐ voir l’avance de démarrage, declare avoir déjà dépensé 2,3 millions d’euros. « Ça fait quand même réfléchir », lâche‐t‐il. Après vérification, la documentation se serait révélée fausse, poussant le groupe à résilier les contrats et à saisir la justice.
Le dirigeant insiste également sur la rigueur des procédures in‐ ternes du groupe : aucun paie‐ ment, explique‐t‐il, n’est validé sans passer par trois filtres suc‐ cessifs : l’équipe financière, l’équipe des opérations et l’équipe d’audit et de contrôle interne. Dans le dossier Kane, affirme‐t‐il, aucun de ces filtres n’a été franchi. C’est d’ailleurs à l’initiative de son propre dépar‐ tement financier que la vérification des documents a été demandée, avec la réponse négative des autorités fiscales sé‐ négalaises comme point de bascule.
