Une information judiciaire, une plainte en retour et une société placée sous surveillance : le conflit qui oppose les dirigeants d’Abys Garden franchit un nouveau cap.
Le bras de fer entre les deux as‐ sociés d’Abys Garden, entre‐ prise dakaroise spécialisée dans l’événementiel et la restaura‐ tion, se joue désormais devant le juge d’instruction.
L’affaire débute en novembre 2025 avec l’ouverture d’une in‐ formation judiciaire pour des faits susceptibles de recevoir la qualification d’abus de biens so‐ ciaux. À ce stade, Babacar Athie était le seul inculpé.
Six mois plus tard, le scénario se renverse. Le 22 mai 2026, Baba‐ car Athie dépose à son tour une plainte avec constitution de partie civile contre son asso‐ ciée, Aby Ndour. Selon des élé‐ ments du dossier, il lui reproche notamment le retrait de 40 mil‐ lions de Fcfa d’un compte ban‐ caire de la société, ainsi que le non‐reversement dans les comptes sociaux de recettes évaluées à plus de 242 millions de Fcfa depuis novembre 2025, dont celles d’un concert organisé à l’Arena en janvier 2026. Cette plainte a donné lieu à l’ou‐ verture d’une seconde informa‐ tion devant le juge du 3ème cabinet. Constatant qu’une pro‐ cédure portant sur les mêmes faits est déjà pendante devant le 2ème cabinet, celui‐ci s’est dessaisi au profit de son col‐ lègue. Les deux procédures ont été jointes et instruites dans un seul et même dossier d’où l’in‐ culpation de Aby Ndour, sous le régime du contrôle judiciaire, pour abus de biens sociaux et entrave à la liberté du travail. Conséquence : chacun des as‐ sociés se trouve désormais à la fois mis en cause et plaignant, Aby Ndour faisant de son côté état de prélèvements opérés par Babacar Athie sur une caisse interne et la cession d’équipements de la société. L’expertise comptable ordon‐ née au cours de l’information relève des irrégularités de ges‐ tion impliquant les deux associés, tout en constatant que la société poursuit normalement son activité. C’est ce double constat qui va dicter la suite du dossier.
Le juge d’instruction a ordonné en effet des mesures conserva‐ toires conçues pour préserver les intérêts de la procédure sans interrompre l’exploitation. Les deux associés demeurent gérants statutaires de la so‐ ciété, mais les flux financiers de celle‐ci sont désormais placés sous la surveillance d’un sé‐ questre judiciaire.
C’est ce personnage qui de‐ vient la pièce maîtresse du dis‐ positif. Tiers indépendant, tenu de prêter serment devant le magistrat, le séquestre veille à ce que toutes les recettes de la société soient reversées dans les comptes sociaux et vise chaque mouvement bancaire aux côtés de la double signature des deux associés. Il s’as‐ sure du paiement régulier des salaires, des fournisseurs et des charges, et rend compte chaque mois au juge d’instruc‐ tion. Sa mission s’arrête là : il ne dirige pas la société, ne prend part à aucune décision de ges‐ tion et s’interdit tout avis sur le litige qui oppose les deux fon‐ dateurs. Il est au surplus tenu à une stricte égalité de traite‐ ment entre eux, chacun recevant les mêmes informations dans les mêmes délais.
En plaçant les finances de l’en‐ treprise entre des mains neu‐ tres sans dessaisir les gérants ni interrompre l’activité, la déci‐ sion devrait agréer les deux par‐ ties. Aucune n’est privilégiée, aucune n’est écartée, et cha‐ cune retrouve la garantie que l’autre ne peut plus agir seule : de quoi rétablir un équilibre que la brouille des associés avait rompu.
La mesure est inhabituelle dans les conflits entre associés, plus souvent tranchés devant le juge commercial. Un conten‐ tieux de cette nature oppose d’ailleurs, en parallèle, les deux dirigeants devant les juridic‐ tions compétentes. L’information se poursuit afin de déterminer les responsabili‐ tés éventuelles de chacun. À ce stade, les faits restent soumis au débat contradictoire et les personnes mises en cause bé‐ néficient de la présomption d’innocence.
