Climat — Une récompense attribuée en 2024 à Joy Jacqueline Pereira, co-présidente du groupe de travail III du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), suscite de nouvelles interrogations sur les liens entre les responsables de l’expertise climatique et l’industrie des hydrocarbures. En cause : le financement du Merdeka Award Trust, une fondation créée notamment par des acteurs majeurs du secteur pétrolier.
Une distinction prestigieuse au cœur de la controverse
Le 28 août 2024, la scientifique malaisienne Joy Jacqueline Pereira a reçu le Merdeka Award dans la catégorie « Environnement », en reconnaissance de ses travaux sur le changement climatique et de sa contribution à la coopération entre science et décision politique. L’information figure dans les publications officielles du prix.
Cependant, la structure à l’origine de cette distinction entretient des liens historiques avec l’industrie pétrolière. Le Merdeka Award Trust a été créé en 2007 par le groupe malaisien Petronas et la compagnie Shell. ExxonMobil a également participé à cette initiative avant de s’en retirer en 2021, selon les informations rapportées dans la presse.
Cette origine financière alimente aujourd’hui le débat sur l’indépendance des personnalités chargées d’évaluer les solutions permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Joy Jacqueline Pereira, une figure importante de l’expertise climatique
Chercheuse malaisienne spécialisée dans les questions environnementales, Joy Jacqueline Pereira a été élue en juillet 2023 co-présidente du groupe de travail III du GIEC. Cette instance examine les moyens de limiter le réchauffement climatique, notamment à travers les politiques énergétiques, les technologies, les transports et les transformations économiques.
Son rôle est particulièrement stratégique : les évaluations de ce groupe contribuent à éclairer les décisions des gouvernements en matière de réduction des émissions.
Pour autant, l’attribution d’un prix financé par des entreprises du secteur pétrolier ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une influence sur ses travaux scientifiques. La question porte plutôt sur la transparence des financements, la déclaration des intérêts et les garanties destinées à préserver l’indépendance de l’expertise.
Le GIEC confronté à un débat plus large sur les conflits d’intérêts
Cette affaire intervient dans un contexte où plusieurs médias ont récemment révélé que des contributeurs au prochain rapport du GIEC entretenaient des liens professionnels avec l’industrie des combustibles fossiles, notamment en Arabie saoudite. Ces révélations ont relancé les discussions sur les règles de sélection des experts et la gestion des conflits d’intérêts.
Le GIEC dispose de procédures destinées à examiner les intérêts susceptibles d’affecter l’objectivité de ses membres. Toutefois, des observateurs estiment que la transparence de ces mécanismes et leur fonctionnement méritent d’être réévalués.
Le débat oppose deux préoccupations : d’un côté, la nécessité de mobiliser des spécialistes connaissant les secteurs énergétiques et leurs technologies ; de l’autre, le besoin de garantir que les conclusions scientifiques ne soient pas influencées par des intérêts économiques particuliers.
Transparence et crédibilité scientifique en question
L’enjeu dépasse le cas individuel de Joy Jacqueline Pereira. À l’heure où les États cherchent à accélérer la transition énergétique, la crédibilité du GIEC repose aussi sur la confiance du public dans les procédures qui encadrent son travail.
Une clarification sur les modalités de la récompense, les éventuelles déclarations d’intérêts et les règles applicables aux responsables concernés permettrait d’éclairer le débat. Il importe toutefois de distinguer les faits établis — l’attribution du prix et l’origine institutionnelle du fonds — des éventuelles conclusions sur une influence réelle, qui nécessiteraient des éléments supplémentaires.
Alors que le GIEC prépare son septième cycle d’évaluation, cette controverse rappelle que l’indépendance scientifique dépend autant de la qualité des recherches que de la transparence des relations entre experts, institutions et acteurs économiques.
Info ALLO AFRIQUE
