À l’heure où le Sud global entend peser davantage dans les grandes décisions internationales, le professeur Mamadou Yaya Diallo, enseignant de droit international à l’UCAD, décrypte le premier anniversaire de l’Initiative pour la gouvernance mondiale célébré en septembre 2026.
Il revient sur le rôle moteur du Sénégal, membre fondateur du Groupe des amis de la gouvernance mondiale et de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’Intelligence artificielle (IA), et sur la coopération sino-africaine comme levier de modernisation.
Selon lui, l’IGM incarne une réponse claire à la question « au service de qui la gouvernance mondiale ? » : au service du Sud global et des peuples du monde entier. Ainsi, le Prof en droit international plaide pour un ordre international plus juste et équitable. Voici son analyse.
« En septembre 2026, l’Initiative pour la gouvernance mondiale (IGM) célèbre son premier anniversaire. Cette année aura été celle où le Sud global a pris l’initiative de façonner un nouvel ordre et une nouvelle structure internationale. Le Sénégal et la Chine ont activement renforcé leur dialogue et leur coopération multilatéraux : en décembre 2025, le Sénégal est devenu membre fondateur du Groupe des amis de la gouvernance mondiale ; en juillet 2026, il est devenu membre fondateur de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle (IA). Ces deux cartes de « membre fondateur » illustrent parfaitement que les pays du Sud global s’unissent et coopèrent pour faire progresser leur modernisation respective, relever les défis mondiaux et pratiquer un véritable multilatéralisme
Promouvoir l’égalité de gouvernance, consolider le socle de la souveraineté
Parmi les cinq concepts fondamentaux de l’IGM – l’égalité souveraine, l’état de droit international, le multilatéralisme, l’approche centrée sur l’humain et l’orientation vers l’action – c’est l’égalité souveraine qui occupe la première place. Depuis longtemps, la répartition des droits de vote au sein des institutions financières internationales, le partage des responsabilités de réduction des émissions dans les négociations climatiques, et la rédaction des règles de gouvernance de l’IA sont souvent dominés par quelques pays développés. Les pays africains représentent près d’un tiers des Etats membres de l’ONU, mais demeurent « la majorité silencieuse » sur de nombreux enjeux cruciaux.
La création du Groupe des amis de la gouvernance mondiale a bâti une plateforme inclusive pour réformer et améliorer le système de gouvernance mondiale, rassemblant la sagesse collective et mobilisant les efforts communs.
Réunir la force du sud global, bâtir le pont de la coopération
Le Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) constitue le pont clé qui traduit les concepts en action. Lors du Sommet de Beijing en 2024, le président Xi Jinping a avancé les six propositions pour faire progresser conjointement la modernisation sino-africaine, et annoncé les dix actions de partenariat pour la modernisation à mener avec l’Afrique au cours des trois prochaines années. Des routes aux ports, du commerce électronique transfrontalier à la coopération spatiale, la coopération sino-africaine traduit l’esprit de sincérité, de résultats réels, d’amitié et de bonne foi en résultats tangibles pour le développement partagé. Carrefour en Afrique de l’Ouest et membre important de l’Union africaine, le Sénégal s’engage pleinement sur cette dynamique de coopération. L’exonération tarifaire totale, les équipes médicales mobiles, les préparatifs des Jeux olympiques de la jeunesse… Chaque avancée dans la coopération accélérée entre la Chine et le Sénégal est une illustration de l’IGM qui prend racine en Afrique.
Prendre de l’avance sur l’IA, ouvrir la voie vers l’avenir
En juillet 2026, le ministre sénégalais des Télécommunications et du Numérique, M. Samba Diouf, s’est rendu à Shanghai pour assister à la cérémonie de signature de l’Accord portant sur la création de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’IA, et a signé l’accord au nom du gouvernement du Sénégal, faisant ainsi du Sénégal l’un des 29 Etats membres fondateurs de l’organisation. La portée profonde de cet accord réside dans ce qui suit : alors que les pays occidentaux tentent de « restreindre à un petit cercle » les règles de gouvernance de l’IA, les pays du Sud global s’unissent pour ramener la gouvernance de l’IA sous le cadre multilatéral des Nations Unies, adhérant au principe d’une approche centrée sur l’humain et orientée vers le progrès et le bien, en faisant de l’IA une grande force motrice de la prospérité partagée et de la sécurité commune.
Face à la question d’époque « au service de qui la gouvernance mondiale ? » , la réponse de l’IGM est claire et ferme : au service du Sud global, des pays en développement, et des peuples du monde entier. Fort de son double statut de membre fondateur, le Sénégal est prêt à travailler avec la Chine et les autres pays du Sud global pour tirer pleinement parti de l’économie numérique et construire ensemble un ordre international juste et équitable, afin que la lumière de la modernisation illumine chaque pouce de terre du Sud global. »
